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Les call centres africains (Maroc, Sénégal, Côte d'Ivoire) annotent les données qui forment les IA d'Anthropic, Meta et OpenAI. Un angle inédit : l'Afrique dans la chaîne de valeur mondiale de l'IA, mais encore trop bas pour capturer la richesse créée.
Publié le 16 avril 2026 à 05:40 UTC

Pendant que vous utilisez ChatGPT, Claude ou les outils IA de Meta, des milliers de travailleurs à Casablanca, Dakar, Tunis et Abidjan lisent et notent vos conversations pour apprendre à ces modèles à mieux parler. L'Afrique est déjà dans l'IA mondiale. Elle n'est juste pas en tête de table.
Selon une enquête de The Africa Report publiée ce mois d'avril, des entreprises comme Intelcia, Outsourcia, Konecta et Teleperformance Maroc ont commencé à travailler directement avec Anthropic, Meta et OpenAI pour améliorer leurs modèles en français marocain, en darija, en français ivoirien et en wolof. Ces entreprises ont proposé quelque chose de précieux : l'annotation de données multilingues, la correction culturelle des biais, l'évaluation humaine des réponses en contexte africain.

Ce travail, appelé RLHF dans le jargon technologique, est invisible. Mais sans lui, les IA les plus puissantes du monde seraient des outils culturellement aveugles hors du monde anglophone. Les travailleurs africains des call centres sont, sans qu'on leur ait donné ce titre, les formateurs humains de l'intelligence artificielle mondiale.
La question stratégique est celle-là : qui capture la valeur ? Les travailleurs marocains, sénégalais, ivoiriens qui font ce travail sont généralement rémunérés comme des opérateurs de call centre classiques. Pendant ce temps, les modèles qu'ils ont rendus meilleurs valent des milliards de dollars sur les marchés américains. C'est un schéma que l'Afrique a déjà vécu avec les matières premières : extraction de valeur sans captation locale.
Mais il y a une différence. Les compétences qui émergent de ce travail sont numériques, exportables et évolutives. Le Maroc l'a compris : sa stratégie "AI Made in Morocco" et l'accord avec Nexus Core Systems signifient que Rabat veut passer de fournisseur de données IA à propriétaire d'infrastructure IA. C'est le saut à faire. Et pas seulement pour le Maroc.
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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