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Pendant que l'Éthiopie vote ce lundi, le Tigré reste à l'écart. Quatre ans après la trêve, la fracture est plus politique que jamais.
Publié le 1 juin 2026 à 10:09 UTC+0

Pendant que des millions d'Éthiopiens se rendent aux urnes ce lundi 1er juin, une région entière reste en dehors du jeu.
Le Tigré ne vote pas. Le scrutin y a été annulé. La communication entre le gouvernement régional du Front de libération du Tigré et le pouvoir fédéral d'Abiy Ahmed est rompue depuis un mois, selon RFI. Quatre ans après la fin officielle de la guerre qui a fait des centaines de milliers de morts, l'impossible élection au Tigré résume l'état de l'Éthiopie : un pays uni sur la carte, fragmenté dans les faits.
La guerre du Tigré (2020-2022) a bouleversé la Corne de l'Afrique. Des crimes de guerre documentés des deux côtés. Une famine. Des déplacés par centaines de milliers. Une trêve signée à Pretoria en novembre 2022. Puis le silence relatif. Pas la réconciliation. Pas l'intégration politique. Aujourd'hui, l'annulation du vote dans cette région au nord du pays envoie un message brutal aux populations tigréennes : vous n'êtes pas encore des citoyens à part entière dans la maison commune.
Le gouvernement fédéral justifie souvent ces situations par des raisons sécuritaires ou logistiques. Les acteurs du Tigré y voient une punition collective et une marginalisation délibérée. Les observateurs craignent une reprise des tensions si les négociations sur le statut de la région, le retour des déplacés et la justice pour les victimes restent au point mort.
Pour le reste de l'Éthiopie, le paradoxe est total. On organise des élections législatives pour donner une légitimité démocratique au pouvoir central, tout en excluant une province stratégique frontalière de l'Érythrée et du Soudan. Comment parler d'unité nationale quand une région sur onze ne participe pas au renouvellement du Parlement ?
L'autre face : certains habitants du Tigré, épuisés par la guerre, peuvent aussi voir dans l'absence de scrutin une pause face à un processus qu'ils jugent contrôlé par Addis-Abeba. D'autres réclament au contraire le droit de choisir leurs représentants sans ingérence. La fracture n'est pas seulement militaire. Elle est identitaire, économique, mémorielle.
Pour l'Afrique 2050, la leçon est claire. Aucun développement durable ne tient sans paix politique. Et aucune paix politique ne tient si les urnes s'arrêtent aux frontières des régions qui ont souffert le plus. Le Tigré absent du scrutin du 1er juin, c'est l'Éthiopie entière qui vote avec une main liée derrière le dos.
Selon vous, peut-on encore parler d'élections nationales quand le Tigré est exclé du processus ?
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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