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Il est sorti d'un studio radio à 13h. Des hommes l'attendaient dehors. Il a disparu. Ça, c'était le 29 mars. Ce mardi 14 avril, il comparaît à nouveau.
Publié le 14 avril 2026 à 05:46 UTC

Arnold Anthony Mukose, 41 ans, directeur des programmes d'Alternative Digitalk, a été forcé dans une Toyota Noah grise par des hommes en civil devant le studio de Metro FM 90.8, à Old Kampala. Il venait de terminer une émission live où il analysait la décision de la Cour constitutionnelle ougandaise (qui venait d'annuler plusieurs dispositions de la Computer Misuse Act), une loi utilisée depuis des années pour museler journalistes et activistes en ligne.

Source : VoxCasting
La loi avait été annulée. Le journaliste qui s'en félicitait a été enlevé.
Trois jours après sa disparition, des charges ont été retenues : Mukose aurait diffusé de "fausses nouvelles" en annonçant la mort de la Première Dame Janet Museveni sur les réseaux sociaux. Il a plaidé non coupable. Ses avocats, Kato Tumusiime et Kakulu Tumusiime, ont demandé sa mise en liberté sous caution (demande provisoirement accordée mais différée), le parquet demandant du temps pour vérifier les cautions. Le magistrat Ivan Maloba l'a remandé à la prison de Luzira jusqu'à ce 14 avril.
Aujourd'hui, l'audience reprend. L'issue est incertaine : liberté sous caution, ou nouveau renvoi.
Le Committee to Protect Journalists (CPJ) a dénoncé "une tentative éhontée de recriminaliser la liberté d'expression en ligne par la porte de derrière", un jour après que la Cour avait précisément frappé la loi servant à le faire. La Fédération internationale des journalistes (FIJ) et Human Rights Watch ont condamné avec la même vigueur. L'Association des journalistes ougandais (UJA) a publié un communiqué la nuit même de l'enlèvement.
Ce qui se joue en Ouganda n'est pas un incident de parcours. C'est un test. Un gouvernement qui voit une loi répressive invalidée par ses propres juges, et qui contre-attaque en arrêtant celui qui en célébrait la mort — avec des charges alternatives. La logique est celle du rat qui change de tuyau : si ce texte de loi est hors service, on en trouvera un autre. Le résultat visé reste le même : faire taire.

Source: Amnesty International
Pour les journalistes numériques africains — les YouTubeurs, les podcasters, les blogueurs, les animateurs de talk-shows en ligne — l'affaire Mukose envoie un message de surveillance généralisée. Des collègues au sein d'Alternative Digitalk avouent déjà s'autocensurer. C'est précisément l'objectif recherché.
L'Afrique qui se construit en 2050 a besoin de voix libres. Pas de voix autorisées. La liberté d'informer n'est pas un privilège de journaliste — c'est l'infrastructure démocratique de base sans laquelle rien d'autre ne fonctionne vraiment.
#LibertéPresse #MukoseOuganda #JournalismeAfrique
Source Couverture: RFI et RSF_inter
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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