Fil info
InfoNouveau site, même voix.
InfoNouveau site, même voix.
- InfoNouveau site, même voix.
La RDC crée une réserve pour contrôler le prix de son cobalt. Le Nigeria ne contrôle pas le prix de son propre kérosène. Deux actualités de la même semaine qui disent tout sur l'Afrique d'aujourd'hui.
Publié le 20 avril 2026 à 07:13 UTC

Cette semaine, deux pays africains ont vécu la même tragédie économique — et l'ont gérée à l'opposé l'un de l'autre. Un hasard de calendrier que personne n'a encore connecté.
Semaine du 14 au 19 avril 2026. En RDC, Kinshasa annonce une réserve stratégique de cobalt : "nous contrôlons nos minerais, nous fixons nos conditions." Au même moment, à Lagos, les compagnies aériennes nigérianes menacent de paralyser le pays parce qu'elles ne peuvent plus acheter du carburant à des prix viables — dans un pays qui est le premier producteur de pétrole d'Afrique subsaharienne. Deux actualités, deux pays, une seule réalité : l'Afrique produit des ressources dont le monde dépend, mais c'est le monde qui décide de leur valeur.
La RDC produit 70% du cobalt mondial — métal indispensable aux batteries qui alimenteront la transition verte de l'Europe et des USA. Pendant des années, les prix ont été dictés par les acheteurs. ARECOMS a suspendu les exportations en 2025 pour résister. En 2026, Kinshasa va plus loin : elle crée une réserve, à la manière d'un OPEP. Le Nigeria, lui, vit l'exact inverse. Premier producteur de pétrole d'Afrique, il importe pourtant une bonne partie de ses produits raffinés. Résultat : le JET A-1 flambe à +267% pendant que le brut international n'augmente que de 30%. La valeur est captée en dehors du continent, par une chaîne d'approvisionnement opaque que le Nigeria ne contrôle pas. Ce rapprochement — que personne dans les grands médias n'a fait cette semaine — dit quelque chose d'essentiel : l'Afrique n'a pas seulement un problème de ressources. Elle a un problème de chaîne de valeur. Elle produit en amont, mais ne transforme pas, ne stocke pas, ne régule pas. Ceux qui font ces étapes captent la richesse.
L'Afrique de 2050 ne sera pas riche parce qu'elle aura extrait plus de minerais ou pompé plus de pétrole. Elle sera riche si elle apprend à transformer ce qu'elle produit, à stocker sa valeur, et à fixer ses propres prix. La RDC montre la voie avec ARECOMS. Le Nigeria a la raffinerie Dangote, qui n'est pas encore à plein régime. Un vrai fonds souverain panafricain des ressources critiques ? Ce serait la prochaine étape logique.
Si tu étais ministre de l'Économie d'un pays africain riche en ressources, par où tu commencerais pour que ton pays en profite vraiment ?
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
Connectez-vous pour partager votre analyse sur cet article. Les contributions sont relues par la rédaction avant publication.
Chargement des commentaires…