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On vous a dit que l'Afrique subissait la guerre en Iran. C'est vrai. Mais on a oublié de vous dire ce qu'elle est en train de construire.
Publié le 14 avril 2026 à 18:45 UTC

Depuis le 28 février 2026 et l'escalade militaire américano-israélienne contre l'Iran, le Brent a flambé de plus de 50%. Le détroit d'Ormuz est perturbé, les chaînes d'approvisionnement mondiales se tendent. Pour 39 des 54 pays africains (importateurs nets de pétrole) la facture est réelle : carburant plus cher, engrais qui s'envolent, inflation qui revient. La BAD a mis le chiffre sur la table : jusqu'à 0,2 point de PIB perdu si le conflit se prolonge.
Mais dans le même temps, une autre histoire se joue. Et les grands médias ne la racontent pas assez.
À Lagos, dans la zone franche de Lekki, la raffinerie d'Aliko Dangote tourne depuis le 11 février 2026 à sa capacité nominale pleine : 650 000 barils par jour. C'est la plus grande raffinerie d'Afrique. C'est aussi la première au monde, à ce niveau de capacité, construite sur un seul train de production. Face à la crise iranienne, Dangote a annoncé en début avril qu'il augmentait ses exportations de carburants et d'engrais vers plusieurs pays africains pour amortir l'impact des perturbations d'approvisionnement mondiales. Cinq pays africains sont déjà clients réguliers.

Source : Aclasses
L'homme le plus riche d'Afrique, 30,5 milliards de dollars de fortune selon Bloomberg début 2026, ne s'arrête pas là. En octobre 2025, il a annoncé un projet d'expansion pour porter la capacité à 1,4 million de barils par jour. Ce chiffre dépasse la raffinerie de Jamnagar, en Inde, actuellement la plus grande du monde avec 1,2 million de barils. Dangote veut construire, au Nigeria, la plus grande raffinerie de la planète. "Cela reflète notre confiance dans l'avenir du Nigeria, notre foi dans le potentiel de l'Afrique et notre engagement à bâtir l'indépendance énergétique de notre continent", a-t-il déclaré.
Pourtant, et c'est là où le regard critique s'impose, même avec Dangote qui tourne à pleine capacité, les prix de l'essence au Nigeria ont atteint des niveaux historiques en mars 2026. La raffinerie existe. Elle produit. Elle exporte. Mais elle ne suffit pas encore à absorber le choc d'une crise mondiale sur un marché énergétique africain structurellement fragile.
Pourquoi ? Parce que le problème ne se réduit pas à la capacité de raffinage. Il touche aussi à la logistique de distribution, aux politiques de subventions erratiques, à la spéculation sur les marchés locaux, et à la dépendance persistante de plusieurs pays voisins qui n'ont pas encore leurs propres infrastructures. L'Algérie, le Maroc, et dans une moindre mesure l'Égypte et l'Afrique du Sud, possèdent leurs propres capacités de raffinage, mais elles restent insuffisantes face aux besoins continentaux. Le reste du continent importe encore massivement.
Nigeria, Angola, Gabon, Congo, Libye, Algérie, ces pays encaissent des revenus supplémentaires considérables depuis la flambée des prix. Le budget 2026 du Nigeria était calibré sur 60-65 dollars le baril. Le Brent navigue au-dessus de 100 dollars. La marge fiscale inattendue est réelle.

Source : African Initiative
La vraie question : où va cet argent ? Dans des budgets de fonctionnement qui s'évaporent en un cycle électoral ? Ou dans des projets qui changent la structure de l'économie ? Dans l'expansion de Dangote ? Dans de nouvelles raffineries au Ghana, en Côte d'Ivoire, en Tanzanie ? Dans des corridors énergétiques panafricains ?
L'Afrique de 2050 ne sera pas puissante parce qu'elle a du pétrole sous le sol. Elle le sera parce qu'elle aura appris à le transformer, à le distribuer, et à construire autour de cette ressource des industries qui durent après l'épuisement du gisement. Dangote a montré que c'est possible. Le continent doit faire de cet exemple une norme, pas une exception.
#DangoteRaffinerie #PétroleAfrique #IndustrialisationAfricaine
Journaliste
Membre de la rédaction Scoop.Afrique.
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