Aux Galeries Lafayette, la 4e édition parisienne de Superwoman by Ayana a réuni témoignages sincères, mentorat transcontinental et partenaires de poids pour redéfinir la force des femmes, loin de l'épuisement et du silence.
Publié le 4 octobre 2026 à 09:04 — mis à jour le 9 octobre 2026 à 21:27
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Un jour, le corps d'Edith Brou Bleu a dit stop. Pas une migraine. Pas une fatigue passagère. Un arrêt complet. Après des années à ne jamais dire non, cette femme de médias numériques a fini par poser téléphone et ordinateur, en pleine période post-partum, pour réapprendre à respirer. Samedi 3 octobre, à Paris, elle l'a raconté à voix haute devant une salle qui s'est reconnue.
Scoop Afrique était présent aux Galeries Lafayette Haussmann, où Superwoman by Ayana est revenue pour la quatrième fois, sous un thème qui dérange avec douceur : « le mythe de la femme forte ». Pourquoi ce sujet ? Parce que l'image de la femme qui porte tout et continue d'avancer a un coût. Les organisatrices rappellent, en s'appuyant sur une étude de McKinsey et de LeanIn.org, que les femmes à responsabilités sont 20 % plus susceptibles que les hommes de s'épuiser professionnellement.
Organisée par Amie Kouamé, cofondatrice d'Ayana Webzine, la journée s'est tenue avec le soutien de Canal+ University, de LEMFI, application de transfert d'argent entre l'Europe, le Canada et l'Afrique, de Corsair et de plusieurs autres partenaires. En ouverture, la ministre ivoirienne de la Femme, de la Famille et de l'Enfant, Nassénéba Touré, invitée d'honneur, a adressé aux participantes un message vidéo. Le contexte est parlant : selon un communiqué de son ministère relayé par Fratmat en mai dernier, la Côte d'Ivoire arrive en tête des quinze pays de la Cedeao dans l'Indice d'Égalité de Genre. Mais l'égalité inscrite dans les textes ne dit pas tout de ce que vivent les femmes au quotidien.
La journée a ensuite mis en lumière « Pitch pour ton Mentor », le programme de mentorat de Superwoman, lancé en 2019 et pensé pour relier jeunes femmes et porteuses de projet à des mentors qualifiés, y compris celles qui ne peuvent pas se déplacer. Dix mentors venues de Côte d'Ivoire, du Congo et du Cameroun y participent, et les inscriptions sont ouvertes jusqu'au 30 novembre. Canal+ University propose stages, réseau et recrutement de créateurs de contenu. HEC Paris Executive Education apporte ses programmes de leadership, d'incubation et d'accélération, dont « Leadership in Africa », Stand Up et Challenge+ Afrique, lancé depuis Abidjan en 2021 selon Forbes Afrique.
La conférence a ensuite posé la question centrale : la capacité à tout endurer est-elle devenue la mesure de la force des femmes ? La réponse est claire. La vulnérabilité n'est pas une fragilité, et une force qui dure doit rester vivable pour le corps, le cœur et l'esprit.

Edith Brou Bleu, femme de médias numériques, a pris la parole à son tour. Cofondatrice d'Ayana Webzine en 2011, elle a raconté le lycée Sainte-Marie de Cocody, la pression de l'excellence et l'envie d'écrire et de produire qu'elle n'osait pas confier à ses parents. Elle a quitté ses études d'économie après deux ans pour l'audiovisuel, en assumant la déception familiale : c'est sa vie à elle. Puis est venu l'épuisement, né d'une définition de la force fondée sur le « oui à tout ». Elle s'est reposée loin des écrans, entre nature, jardinage et soutien de son compagnon. Son message : « Vous n'avez pas besoin de dire oui à tout. Dire non n'est pas une faiblesse. » Une chose à la fois suffit.

Les questions de la salle ont montré combien le sujet touche juste. Comment vivre avec la déception d'un parent ? Comment gérer l'envie de mille projets à la fois ? Edith a rappelé que l'équilibre et la santé mentale passent d'abord. Une dernière question, restée sans réponse faute de temps, résume l'époque : comment rester résiliente dans un monde instable, où l'intelligence artificielle bouscule déjà les métiers ?
D'autres témoignages ont suivi. Léna, Commercial Lead Subsidiary Africa Beauty Industry, a partagé une piste accessible à toutes : prendre vingt à trente minutes par jour pour se parler à soi-même et décortiquer son stress plutôt que le subir.

Antonia David-Prince, consultante en stratégie de marque et coach exécutive, a résumé son parcours d'une phrase : « Je n'ai pas appris à être forte, je n'ai pas eu le choix. » Après un burn-out, elle a appris à ralentir et s'est posé une nouvelle question : plus « qu'est-ce que je peux faire ? », mais « est-ce que j'en ai envie ? ». Elle a aussi guidé la salle dans un exercice de sophrologie de trois minutes.
Dans le public, Maïmouna, fondatrice de la Maison Kanté, a raconté avoir choisi de donner à sa fille et à sa marque un nom qu'elle avait d'abord eu honte de porter, et Tamara, auteure de « La femme qui tient », d'avoir écrit le livre dont elle avait eu besoin neuf ans plus tôt.

La journée s'est terminée dans la joie. Le teaser d'un film ivoirien, tourné en Côte d'Ivoire et dont la sortie est prévue au Grand Rex à Paris, a été présenté. Corsair a offert trois billets d'avion à trois gagnantes de concours, applaudies par la salle. Ayana a célébré ses 15 ans et annoncé la suite : des voyages à travers l'Afrique l'an prochain, un retour en France avec les mêmes partenaires et une application communautaire pour prolonger le réseau. Superwoman compte déjà dix-sept éditions, en Côte d'Ivoire, au Sénégal, en France et au Congo.
Ce que cette journée montre ressemble à l'Afrique de 2050 que nous voulons raconter : une Afrique qui relie sa diaspora à ses talents restés au pays, qui mise sur les réseaux concrets, et qui accepte qu'une femme puisse réussir sans s'épuiser.
Et vous, quelle chose avez-vous cessé de faire parce qu'on vous avait appris que s'arrêter, c'était faiblir ? Écrivez-nous en commentaire, nous serons heureux de vous lire.
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